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mardi 21 avril 2009

L'enfance Rouge - Trapani - Halq Al Waady (2008)


















"Je crois que l'utopie est l'élément essentiel de notre intelligence".
Cette citation issue de l'inaugural "Otranto" sera d'abord l'occasion de rappeler la polysémie du terme "utopie"; s'il renvoie dans son acception la plus courante à l'idée d'un monde idéal et juste, il signifie aussi étymologiquement "qui n'est en aucun lieu"... tout comme les trois musiciens français ou italiens qui forment L'Enfance Rouge, souvent sur la route (1800 concerts depuis 1995) et ne passant jamais plus de 4 ans au même endroit.
La musique se nourrit de leurs voyages et rencontres, chaque titre d'album faisant office de carte postale fixant les souvenirs; Trapani est le dernier port de la côte sicilienne, Halq al Waady celui de Tunis. Ce nouvel album nous emmène ainsi de l'autre côté de la méditerrannée, à la rencontre -entre autres- de Mohammed Abid, maître de l'oud (Orchestre de la Rachîdia, Institut Supérieur de Musique de Tunis) ayant grandement contribué aux arrangements de ce petit bijou.
Les compositions conjuguent avec une cohérence parfaite deux univers, deux continents, deux visions à la fois différentes et complémentaires de la musique. La tension, le "chaosss" et l'incandescence du noise-rock (évoquant le "Scrabbling at the Lock" de The Ex et Tom Cora, ou les lyonnais de Bästard) rencontrent la chaleur, les sonorités et les arabesques mélodiques de la musique maghrébine. Le chant, tour à tour masculin et féminin, déclame en français des textes poétiques et crus, abstraits ou sensuels, où perce un humanisme sincère.
Un album sans frontière, engagé, impliqué, utopique et intelligent, où tout sonne juste et vrai, à écouter sans escale.

site Virb de L'Enfance Rouge
biographie

mercredi 15 avril 2009

Caverns - Kittens! (2008)
















Basé à Washington, Caverns délivre une musique hybride aux croisées du math-rock et du metal progressif, à laquelle la composition peu courante du groupe n'est sans doute pas étrangère; une guitare, une batterie, pas de chant mais un piano qui confère au trio sa personnalité unique.
Après une courte plage de feedback, "Spreading like a virus" ouvre les hostilités en un déferlement de riffs de guitare touffue boosté par un piano tourbillonant avant de partir en dissonances. Plus calme et aéré, le morceau suivant fait la part belle à la mélodie naissant des touches blanches et noires.
Ce trop court EP oscillera ensuite de la même manière entre moments de chaos et d'accalmie, tantôt bancal et tumultueux ("Dance you son of a bitch", où piano syncopé et guitare dissonante se répondent avant de s'unir avec autant de fracas qu'une tempête en pleine mer), parfois jazzy ("Stop being paranoid"), avant une dernière charge mélodique dopée à la testostérone (le bien nommé "Remasculator") uppercut qui vous laissera k.o., mais la tête sur l'oreiller ("Pillow Talk").
Des titres évocateurs pour une musique évocatrice...

myspace Caverns

vendredi 6 février 2009

Extra Life - Secular Works (2008)


















Voici un peu plus de deux mois que j'ai découvert cet album, et je dois avouer qu'il a autant tourné dans ma platine que ma plume dans l'encrier avant d'entamer ces lignes... Pourtant la claque a été immédiate, dès le premier morceau qui vint égayer une journée de découvertes musicales plutôt fades.
"Blackmail Blues" ouvre en effet l'album par un morceau math-rock définitif, dont la rythmique hypnotique glisse doucement vers la structure d'un raga indien sur la seconde partie où batterie et voix psalmodient à l'unisson leurs (doubles?) croches enivrantes alors que la basse, claquante, vous flagelle.
Pourtant déjà, le groupe affirme une personnalité et une sensibilité radicalement différentes d'un math-rock classique que les morceaux suivants laisseront s'exprimer hors de tout carcan. L'apport du violon et du sax ténor enrichissent la dynamique, proche de celle des hongrois de Masfel, mais c'est surtout le chant de Charlie Looker qui confère à la musique du quintet new-yorkais son caractère unique.
Souple et vibrante, tour à tour fervente et fragile, austère ou emphatique, elle mêle au sacré une élégance (maniérisme, diront les mauvaises langues) typique de l'indie anglais des années 80.
La musique est elle aussi versatile, alternant épure et chaos, concassages rythmiques, ambiances recueillies ("I'll burn") ou plus légères ("The Refrain", petite ritournelle folk aux accents médiévaux). Les instruments se relaient, parfois imperceptiblement, pour tisser tensions et libérations, et transcender l'ombre en lumière ("This Time" et son final épique).
"Secular Works", ou l'art de ramener une inspiration venant d'ailleurs au coeur de son époque...
ne vous faites pas prier pour essayer.

myspace Extra Life

jeudi 4 décembre 2008

Minus The Bear - Planet of Ice (2007)


Combo de Seattle composé d'ex-Botch, Kill Sadie et These arms are snakes, Minus The Bear affirme avec ce quatrième album une griffe toute personnelle, à mille lieues de la musique des groupes précités, et délivre un mélange unique d'indie, power-pop, math-rock et prog.
S'ouvrant sur quelques sons électro le premier morceau, "Burying Luck", évoque d'abord les Foo Fighters tant dans le chant et les mélodies que dans son rythme enlevé, avant de s'ouvrir à d'autres horizons. La musique de nos oursons s'enrichit en effet par la suite de multiples influences, grâce à une guitare versatile efficacement appuyée par la section rythmique, aussi à l'aise sur des rythmes dansant à l'énergie post-punk que sur des passages plus nuancés où elle affirme une souplesse jazzy flirtant avec le math-rock ("Ice Monster", "Dr L'Ling"). Dave Knudson alterne arpèges cristallins, riffs tourbillonants et hypnotiques, et lead guitare spatiale renvoyant au Voivod de "The Outer Limits" ("Knights") ou au jeu typique de David Gilmour.
Minus The Bear assume désormais pleinement ses aspirations progressives -même si deux morceaux seulement dépassent les 5 minutes- et l'héritage Pink Floyd est évident à travers des compositions comme "Part.2" ou le final "Lotus", dans l'orgue, les nappes et bidouillages sonores qu'on pourrait croire échappées de "Dark side oh the Moon". Saluons au passage le travail de production du nouveau clavier du groupe, Alex Rose (et pas Axel!), qui donne toute sa cohérence à une musique plus complexe qu'elle n'y paraît, et totalement décomplexée.
En conclusion, ce petit séjour sur la planète de glace s'avère plus que rafraîchissant... et paradoxalement, chaudement recommandé.
site Minus The Bear
myspace Minus The Bear
album en écoute gratuite

jeudi 20 novembre 2008

PELICAN - City of echoes (2007)




















Troisième album du quatuor de Chicago, et nouveau changement d'orientation.
Après un premier album rugueux et tellurique aux sonorités stoner-sludge ("Australasia"), un second plus post-core, post-metal, dans le sillon du précurseur "Oceanic" d' Isis (dont ils sont les protégés), le groupe semble tendre à davantage de concision, tout en conservant une puissance moins frontale cette fois.
Les morceaux sont ici plus courts que sur les deux précédents opus, évoquant la démarche de Mogwai sur son récent "Mr. Beast": plus court mais tout aussi efficace et puissant. Fusionnant arpèges post-rock, mélodies indie et riffs lourds et majestueux, servis par une production plus précise et éthérée que par le passé.
A l'image de l'oiseau qui donne son nom au groupe, cette musique navigue entre les éléments: eau, terre, air...
Le Pelican a soigné son plumage, il peut maintenant s'envoler vers d'autres contrées.
myspace Pelican
Site Hydra Head
album en écoute intégrale et gratuite

mardi 4 novembre 2008

Albinobeach - Albinobeach EP (2008)

















Originaires d' Afrique du sud, les quatre membres d'Albinobeach pratiquent un post-rock instrumental moderne, mélodique et puissant.
Un son clair ou saturé toujours très défini, rond et chaud, des arpèges en son clair qui se mêlent à des réverbérations spatiales pour peindre des aurores boréales sonores, puis qui se noient dans la réverb et le delay, toujours guidées par une batterie limpide et une basse ronde et précise.
La structure des morceaux évoque parfois Tool ("Myopia"), ou Peach, précédent groupe de leur actuel bassiste (devenus il y a quelque temps Suns of the Tundra, on y reviendra peut-être...). "Cathedral Park", intermède acoustique sur fond de beats electro, pose une dernière fois l'ambiance, avant un hypnotique "Focus" qui vous propulse en apesanteur.
Vivement l'album.
myspace Albinobeach

lundi 3 novembre 2008

Callisto - Noir (2006)














Après un premier album dans la lignée de Cult Of Luna, les finnois de Callisto affichent avec ce second opus des ambitions allant au-delà d'un post-hardcore classique, prenant parfois des détours aériens (ou aquatiques) évoquant Isis.
Ce "Noir" se pare pourtant d'autres teintes et est loin d'être aussi uniforme que les ténèbres qui entourent ceux qui traversent l'écorce terrestre. Il garde en effet une puissance tellurique et élémentale propre au courant post-core, mais ce tunnel conduit à une mine, d'idées et d'émotions.
Glissant tour à tour sur un velours jazzy ("Wormwood"), des sphères aériennes, traversant les strates en profondeur avant de s'élever dans des hauteurs noise , puis après une une courte transition, s'élevant à nouveau dans des développements progressifs, cette musique est cinématographique. Emotionnelle et belle, aussi.
A écouter dans le noir, justement.
Les yeux fermés.
Callisto

vendredi 31 octobre 2008

Shora - Malval (2005)












Après des débuts placés sous le signe d'un hardcore chaotique et technique pas très éloignés de Dillinger Escape plan ou Botch, les suisses de Shora prennent avec ce magnifique Malval un tout autre virage. Davantage post-rock (sorry les gars) que post-hardcore, leur musique s'échappe pourtant de tout carcan réducteur. Reprenant effectivement certains codes du genre (structures progressives, crescendos et points d'orgues), elle s'avère inspirée et inspirante. S'ouvrant sur une ambiance lunaire et éthérée dans laquelle des arpèges cristallins se noient dans des samples et un clavier aériens, la musique se fait plus agitée avec l'apparition de la distortion et de la batterie. L'union des instruments, assurant tour à tour le côté rythmique confère à des compositions évocatrices un caractère mouvant et dynamique, alternant maëlstroms soniques et moments d'apesanteur. Les textures sonores, tout aussi travaillées que le reste de la composition, viennent sublimer ce tableau impressionniste. Une musique presque cinématographique au fort pouvoir évocateur, qui parle au corps et à l'esprit. A écouter les yeux fermés. Et si, comme moi, la première écoute vous laisse pantelant et vibrant de partout, une seule solution contre l'addiction en attendant un format plus long: replay.
myspace Shora